L’innovation pedagogique

Je suis chef d’établissement d’un Sixth Form College polyvalent du Centre-Est de Londres, c’est-à-dire un lycée pour les étudiants de première et de terminale qui préparent l’université. Nous offrons des programmes généraux, professionnels et des classes de rattrapage. Ça fait 16 ans que je suis principal, dont 10 à NewVIc.  Avant tout je suis enseignant ; professeur de Sciences et passionné de l’éducation.

Quelle est l’innovation pédagogique qui vous a le plus marquée dans votre carrière ?

J’enseigne depuis 1982, j’ai donc vécu une période de transformation extraordinaire des technologies pédagogiques. Au début ; manuels scolaires, duplicateurs, réseaux professionnels locaux. Maintenant ; accès illimité aux connaissances, aux moyens de communication personnalisés et aux réseaux professionnels mondiaux.  Nos cerveaux et nos préoccupations ont peu changé mais nous disposons aujourd’hui d’outils immensément plus puissants pour la recherche, la création et le partage de notre matériel pédagogique. L’informatique, l’internet et les médias sociaux nous permettent d’étendre at d’approfondir les possibilités de l’apprentissage humain et du dialogue pédagogique. Donc tout semble avoir changé dans les moyens et les méthodes, mais fondamentalement rien n’a changé. Les éléments de base et notre travail de transmission culturelle et sociale perdurent. Néanmoins, il faut s’adapter et augmenter nos capacités critiques, de recherche et de discernement pour profiter des nouvelles technologies.

Quelles sont les difficultés des professeurs innovants en Grande Bretagne et comment les surmonter ?

L’éducation en Angleterre se différencie des autres systèmes nationaux du Royaume Uni. Depuis plusieurs années, l’Angleterre poursuit un programme de marchandisation de l’éducation publique qui se caractérise par une forte concurrence entre établissements autonomes, De plus en plus, le système public est remplacé par des réseaux d’établissements semi-privés qui ne répondent plus aux collectivités d’une façon démocratique. En même temps, nous subissons un système d’inspection sévère qui punit les établissements qui ont des résultats au-dessous de la moyenne.

L’innovation pédagogique se vit donc dans ce contexte super-concurrentiel dans un environnement ou on préfère ne pas trop expérimenter ou prendre de risques. Le partage entre concurrents est découragé et le rôle de l’enseignant professionnel se définit en fonction du succès de l’établissement vis-à-vis des autres.

Quelle est la place de l’innovation dans la politique éducative Britannique ?

L’innovation existe, mais elle ne suit pas un plan commun d’investissement ou un programme national. Elle est ressentie de façon très différente dans les établissements différents. Le choix d’innover et comment innover sont surtout les décisions de chefs d’établissement quasiment autonomes. On peut donc trouver des pratiques et des philosophies pédagogiques contrastantes dans des établissements voisins.

Quelle est votre représentation de l’innovation ?

Être enseignant c’est être innovant. Il faut constamment se demander comment mieux faire. Nos plus importantes ressources pour rester innovants sont : nos réflexions personnelles sur nos pratiques, notre volonté d’expérimenter, notre ouverture aux idées nouvelles et notre évaluation honnête qui tient compte du dialogue professionnel avec nos collègues et nos étudiants.

La véritable innovation trouve son origine dans cet esprit d’expérimentation et d’auto-critique rigoureuse. Bien entendu, nous devons tenir compte de nouveaux outils qui peuvent nous rendre la vie plus facile. Souvent un nouvel outil peut lui-même suggérer une nouvelle approche. Mais l’adoption d’un nouvel outil n’est pas en soi innovant.

Pour moi, les innovations pédagogiques les plus importantes seront toujours celles qui nous permettent de mieux répondre aux questions fondamentales : comment faire réfléchir, comment stimuler le désir d’apprendre et de s’épanouir ? Comment approfondir et élargir la compréhension et la maitrise ? Que demandons-nous de nos étudiants ? Quelles activités, quelles taches, quel langage parlé et écrit ? Comment mieux faire pour établir les connaissances et les compétences qui leur permettront de réussir leur apprentissage culturel et citoyen ? On peut être certain que parmi les bonnes réponses il y aura toujours une synthèse du vieux et du neuf.

En conclusion, je pense qu’il faut éviter la ‘neomanie’.  Quand on nous propose de nouvelles méthodes et de nouvelles technologies, donnons-nous le temps de les comprendre et les évaluer et adoptons ce qui a de mieux sans trop être ébloui par leur nouveauté.

Eddie Playfair, principal de Newham Sixth Form College (NewVIc), Londres.

Interview publié dans la série Ceux qui Innovent sur le site Ecole Innovante

Voir aussi (en Francais):

Les réfugiés francophones de Londres (2016)

Egalité et solidarité dans une société diverse (2016)

Grammaire de Gramsci et dialectique de Dewey (2015)

Leçons sans paroles : comment la musique nous apprend à vivre (2015)

L’autonomie : pourquoi (2015)

Laïcité, égalité, diversité (2015)

Citoyens multilingues, société multiculturelle (2015)

L’inspection en Angleterre (2014)

Le numérique en questions : une perspective anglaise (2014)

Socrate et le numérique (2014)

About Eddie Playfair

Principal of Newham Sixth Form College (NewVIc) East London. Blogging about education, politics and culture in a personal capacity. I also tweet at @eddieplayfair
This entry was posted in en Francais and tagged , , . Bookmark the permalink.

One Response to L’innovation pedagogique

  1. nivekd says:

    Chapeau, chef!

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s